ernst jünger in cyberspace

mailing list archive - ERNST JUENGER 's Funeral




Hello as a newcomer I thought I owed you something.

This is a text I published last year in a french Historical review "Enq=
u=EAte sur
l'Histoire" with a
testimony on this event.
Sorry its a french piecebut this is the only french piece written on th=
e
ceremony and the event itself


                                RETOUR A WILFLINGEN


                                Tu  t?=E9loignes  toujours  plus vite d=
es vivants,
                                bient=F4t ils vont te rayer de leurs li=
stes.
                                C?est   le   seul   moyen   de   partic=
iper  aux
                                pr=E9rogatives des morts
                                Quelles pr=E9rogatives ?
                                Ne plus mourir.

                                Fr=E9d=E9ric NIETZSCHE



   Donauschingen, Bingen, Riedlingen, le voyage en terre souabe r=E9son=
ne toujours
de  la  m=EAme mani=E8re.. Celui-ci est exceptionnel, car il unit l?adi=
eu =E0 un grand
=E9crivain  et  la  conscience  d?une  perte  immense. Ernst J=FCnger s=
?est =E9teint =E0
presque cent-trois ans.

   Tout  commen=E7a  par la lecture dans un train de la fin ignoble d?u=
n des h=E9ros
des  R=E9prouv=E9s-lui  aussi  titulaire de la croix =AB Pour Le M=E9ri=
te =BB : =AB Le voil=E0
votre  capitaine,  l=E0  par terre, regardez le bien....Le capitaine =E9=
tait bien l=E0
par  terre,  mort,  voil=E0  Berchtold ! =BB. Ce malaise litt=E9raire =E9=
trange, presque
r=E9el,  annon=E7ait,  d?une  heure  exactement,  une plus grande trist=
esse : JUNGER
ETAIT  MORT  .  Ce  sage  qui  se voulait allemand et europ=E9en =E0 la=
 fois donnait
l?impression  de  sortir  d?un  incunable  germanique du XVI =E8me si=E8=
cle..Lui, le
chevalier  qui  c=F4toyait la mort et le diable ,le chasseur de cicind=E8=
les ne nous
avait pas pr=E9venu et il nous appartenait de l?accompagner.
   Non  loin  de  Messkirch,  entre Bingen et Ulm, le jura souabe nous =
accueille
dans  le petit village de Wilflingen blotti entre les h=EAtraies et les=
 sapini=E8res
.  C?est  ici,  loin  du  monde  du  Travailleur  que  s?est  retir=E9 =
 depuis une
cinquantaine  d?ann=E9es  le  doyen  et l?honneur des lettres allemande=
s .Il avait
d=E9j=E0 aboli l?histoire et franchi le mur du temps dans un exil int=E9=
rieur.
   Le  lourd ch=E2teau des Stauffenberg, seigneurs du lieu, nous attend=
. L?=E9difice
est impressionnant. Les murs aux volets z=E9br=E9s bleu-roi soulignent =
la domination
des  comtes  sur la campagne. Mais, les lions dansant des armoiries en =
pacifient
l?allure.  Cette lourde b=E2tisse abrite un ami mort. Nous sommes en f=E9=
vrier et le
vent  glac=E9 de la nuit a chass=E9 les nuages de la route. Le matin es=
t calme et le
ciel  purifi=E9 r=E9pond aux chevrons d?azur qui bornent la terre. Il e=
st temps, les
amis  se  retrouvent  et entrent dans le ch=E2teau. La biblioth=E8que t=
ransform=E9e en
chambre ardente nous attend. Plus proches de nos celliers bourguignons =
que d?une
demeure  aristocratique,  elle  dispose sa pi=E8ce vo=FBt=E9e et ses co=
lonnes massives
aux  lourds  in-folios  align=E9s  sur les murs. L?un des bustes du gra=
nd =E9crivain
nous  fait  face,  celui de Hans Wimmer.  Il semble nous accueillir et =
nous dire
qu?il  est  trop tard , que le ma=EEtre des lieux se livre d=E9j=E0 =E0=
 d?autres chasses
subtiles,  loin  de nous. Une quinzaine de visiteurs signent un livre d=
?or et se
recueillent  en silence. Le cercueil est l=E0, sur le cot=E9, rev=EAtu =
du drap noir et
argent  de  l?ordre  =AB  Pour le M=E9rite =BB.Ultime viatique et derni=
er vestige d?un
ordre  prussien  et  imp=E9rial. L?empereur Guillaume II avait parait-i=
l, h=E9sit=E9 =E0
lui  accorder  la  d=E9coration  du fait de son jeune age. Nous saluons=
 le dernier
chancelier d?un ordre de chevalerie qui dispara=EEt.
   La  couronne de l?ordre recouvre seule le cercueil que les roses, -c=
ouleur de
champagne,   d=E9corent  au milieu de la grande salle alourdie par les =
troph=E9es et
les  massacres  de  grands  animaux .Je pense au grand forestier des Fa=
laises de
marbre et =E0 l?admirable chasse au sanglier .
   Le  cimeti=E8re  lui, domine un petit promontoire distant de quelque=
s centaines
de m=E8tres du ch=E2teau. L=E0, sur un espalier pos=E9 contre le mur so=
nt d=E9j=E0 dispos=E9es
les  couronnes  des  amis.  Il  y  a  des  fleurs du monde entier : les=
 =E9diteurs
espagnols  et  allemands,  les  traducteurs  de  tous pays et quelques =
couronnes
simples  comme celle au ruban saxon d?argent et de sinople des orages d=
?acier-le
73  =E8me  r=E9giment de fusiliers hanovriens du Prince Albert, puis ce=
lui du 26 =E8me
r=E9giment  d?infanterie  de  la derni=E8re guerre. Les rubans =E0 deux=
 tons r=E9pondent
aux  parfums ent=EAtants des lys tigr=E9s et des roses multicolores qui=
 enivrent les
abeilles  du lieu. Chaque nouveau bouquet est escort=E9 d?un essaim pou=
r un festin
royal.  Et puis, il y a majestueuse, la gerbe de Theo Waigel, le grand =
argentier
de  l?Allemagne d=E9mocratique et lib=E9rale avec cette simple phrase =AB=
   un dernier
salut   !  =BB,  il  c=F4toie  une humble couronne de scouts orn=E9e d?=
une flamme de =AB
wanderwogel  =BB  ou se dessine une oie sauvage. Je repense =E0 cette c=
hanson  tir=E9e
d?un po=E8me d?un autre guerrier de la grande guerre : =AB les oies sau=
vages vers le
nord,-  leurs cris dans la nuit montent -Gare au voyage car la mort- no=
us guette
par  le  monde ...=BB.Les honneurs rendus par les officiels s?amoncelle=
nt attirant
vers  eux  les  journalistes.  En  effet les hommes du cimeti=E8re arra=
ngent trois
couronnes  gigantesques,  celles  de  Helmut  Kohl  ,chancelier, de Rom=
an Herzog
,pr=E9sident  de la r=E9publique et du ministre de la D=E9fense, dernie=
r hommage de la
R=E9publique f=E9d=E9rale =E0 un homme qui a travers=E9 quatre, r=E9gim=
es dans un m=EAme pays.
Tandis  que  nous  =E9num=E9rons  les  noms  et  les  saluts, nous r=E9=
alisons que les
=E9diteurs  fran=E7ais  sont  absents.  Il  y a peut-=EAtre longtemps q=
ue Gallimard et
Bourgois ne fleurissent plus leurs fid=E8les auteurs.
   Dehors,  le  village  grouille  :  des  jeunes  officiers  c=F4toien=
t  de sages
professeurs, des bacheliers coiff=E9s de leurs courtes casquettes unive=
rsitaires =E0
cot=E9  de g=E9n=E9raux de l?arm=E9e f=E9d=E9rale. Tous se dirigent ver=
s la chapelle baroque
du  ch=E2teau,  seul  lieu  de  culte depuis la destruction de l?=E9gli=
se lors de la
r=E9volte  des  paysans...Nous nous retrouvons pr=E8s de la grille en f=
er forg=E9e. Le
soleil  maintenant  au  z=E9nith  r=E9chauffe  les  quelques quatre - c=
ent personnes
rassembl=E9es  autour  de  la  petite =E9glise. Des hauts-parleurs et d=
es bancs sont
install=E9s dans la cour du ch=E2teau pour les malchanceux et les solit=
aires, tandis
qu?une  quinzaine  de  porte-=E9tendards  remplissent  le  choeur en ar=
c de cercle
autour du catafalque.
   La  messe  catholique est ponctu=E9e par les psaumes de l?assembl=E9=
e. Les niches
des  bas-c=F4t=E9s  sont  prises  d?assaut  tandis  que les parties sup=
=E9rieures sont
assaillies  par les journalistes.Il est pr=E8s de quatorze heures d=E9j=
=E0. Les chants
retentissent  dans  la  cour  pav=E9e  suivis de l?Eccl=E9siaste : =AB =
il y a temps de
d=E9chirer  et  temps  de  rejoindre,  il y a ... ,il y a ...,il y a te=
mps pour la
guerre  et  temps  pour  la  paix.  =BB ces psaumes orientaux sont =E0 =
l?image de ce
guerrier assagi depuis plus d?un demi-si=E8cle qui raccrocha au mur ses=
 armes pour
voyager pacifiquement et =E9crire. Quoi de plus naturel que ce balancem=
ent ; cette
alternance que n?aurait pas reni=E9e Montherlant.
   Une  foule  bigarr=E9e de paysans et d?admirateurs attend dehors pou=
r saluer la
d=E9pouille pr=E9c=E9d=E9e des pr=EAtres et d?un jeune homme portant la=
 croix.
   On  aurait cru remonter l?histoire. La jeune Allemagne saluait en un=
iforme de
tradition le d=E9part du grand =E9crivain. Men=E9s par deux officiers, =
sabre au clair,
en  tenue  des  guerres  des  duch=E9s, des hussards =E0 pied encadrent=
 un guidon de
cavalerie  frapp=E9  de  la croix noire et orn=E9e d?un cr=EApe sombre.=
 Une d=E9l=E9gation
d=E9file  ensuite,  v=EAtue d?uniformes d?avant Sadowa en vert de Pruss=
e et pantalon
gris.  Ils  sont  pr=E9c=E9d=E9s  d?un  drapeau  jaune  jonquille  frap=
p=E9  des  F et W
entrelac=E9s  en m=E9moire des Friedrich etWilhelm traditionnels. L=E0 =
aussi, la hampe
est cravat=E9e de longues bandes de moire noire frapp=E9es de la croix =
argent=E9e .Les
pas  lents  annoncent  quatre  cuirassiers  rouge  et  blanc  du  grand=
 Fr=E9d=E9ric
pr=E9c=E9dant  de  vieux  drapeaux  rouge amarante et bleu - roi  frapp=
=E9s des aigles
noirs tenant le sceptre et la foudre.
   Le  lent  mart=E8lement  des  pas du d=E9tachement de la garde blanc=
he et bleu du
Bade-Wurtemberg s?accompagne des tambours et des fifres jouant des airs=
 du grand
Fr=E9d=E9ric.  Ces  silhouettes  sorties des livres d?histoire d=E9file=
nt bel et bien,
compl=E8tement  inactuelles, et porteuses d?une tradition imm=E9moriale=
, celle de la
culture  et  de la terre allemandes. .Alors appara=EEt le cercueil tir=E9=
 par quatre
chevaux  colosses  drap=E9s de noir et mont=E9s par deux postillons. Il=
 avance =E0 pas
lents  ponctu=E9  par  les brusques reculades des chevaux fr=E9missants=
. L?assembl=E9e
suit  et se r=E8gle sur le pas des chevaux et de la musique.. C?est une=
 foule unie
dans  la  tristesse  et  le recueillement qui se fond lentement dans le=
 cort=E8ge.
Apr=E8s  quoi  -sans  prononcer  un  mot,  la  garde  pr=E9sente  les a=
rmes au vieux
combattant,  les  officiers  abaissent  leurs  =E9p=E9es  devant  la  d=
=E9pouille.  Le
cimeti=E8re est maintenant plein . Madame J=FCnger se tient droite pour=
 une derni=E8re
pri=E8re alors que la foule r=E9cite le =AB notre p=E8re =BB et le =AB =
je vous salue Marie =BB
derniers  mots  avant  la c=E9r=E9monie des adieux. Huit officiers pren=
nent place de
chaque  cot=E9  du catafalque alors que les drapeaux  s?inclinent jusqu=
?au sol. La
musique  joue  alors  lentement  =AB  J?avais un camarade =BB ponctu=E9=
e par les seuls
tambours qui battent en cadence. Ce dernier hommage se termine par le c=
laquement
sec  des  culasses  et  la  d=E9flagration  assourdissante  d?une  salv=
e  d?adieu.
Lentement les drapeaux se redressent pour un ultime salut vertical.

   La  journ=E9e  n?est  pas  finie, nous d=E9posons chacun une fleur s=
ymbolique, le
temps  d?apercevoir  sur  la  tombe  un  simple  k=E9pi blanc, celui du=
 plus vieux
l=E9gionnaire  fran=E7ais  qui  =E9tait  aussi  le  plus grand =E9criva=
in allemand de ce
si=E8cle .




                                                                Olivier=
 AUBERTIN
best regards
=


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